La vulnérabilité, a depuis longtemps, mauvaise presse. À l’instar de la santé mentale, une aura de tabou l’entoure et on l’aborde, si c’est le cas, avec hésitation, contrariété et précaution. Il semble que d’en parler ouvertement la rend trop présente, menaçante. Non merci, pas elle chez moi ! Dans une société où la performance prédomine et que l’atteinte des objectifs et des résultats, autant personnels que professionnels, constitue la cible qui guide la majeure partie des personnes, cet état d’être n’a pas sa place. D’emblée, si une quelconque situation que ce soit une maladie, une situation de vie éprouvante, comme la perte d’un emploi ou une séparation, provoque un déséquilibre chez la personne et qu’elle devient vulnérable, elle a le réflexe de ressentir de la culpabilité et d’éprouver de la honte. On l’associe à la faiblesse, à une baisse de capacités, à un relâchement de notre être envers l’adversité.
La vulnérabilité est un état temporaire de l’être humain. Et comme nous sommes humains, un jour ou l’autre elle se fera ressentir en nous. Elle constitue un puissant indicateur pour nous rappeler que nous sommes avant tout, humains. Cet état d’être que nous tentons de mettre de côté le plus rapidement possible en raison de l’inconfort qu’il occasionne autant pour soi que chez les autres qui nous côtoient, est temporaire et n’enlève absolument rien à ce que nous sommes. Certes, il est plus facile de percevoir la vulnérabilité de l’autre. Mais s’il est perturbant pour soi-même de constater sa présence en soi, la découvrir et la rencontrer, est un pas magnifique vers l’éveil de notre conscience. La personne qui l’accueille avec bienveillance devient en soi plus forte et elle s’ouvre à l’écoute de son essence humaine. Ceci lui permettra d’être attentive aux futurs moments de vulnérabilité qui se présenteront tout au long de son parcours humain.
Exprimer sa vulnérabilité à l’autre lui envoie un message puissant. Cette expression faite avec ouverture et confiance encourage l’autre dans son propre droit à être vulnérable et à l’exprimer sans être jugé. Entre autres, lorsqu’un leader se montre vulnérable, il est loin d’être faible. En agissant ainsi, il démontre la force d’être humain avant tout et en le reconnaissant, il permet aux gens qui le côtoient et travaillent avec lui de s’accorder le droit
d’être humain. Les personnes qui ressentent un malaise face à la vulnérabilité vécue et exprimée par un autre individu, ont inconsciemment peur de rencontrer la leur. La vulnérabilité d’un être humain fait résonner la nôtre.
Nous avons tous et toutes été témoins durant la première vague de la pandémie de l’utilisation très fréquente, dans les médias, de l’adjectif « vulnérable » pour décrire les personnes âgées aux prises avec l’horreur de ce virus. Ces personnes, en raison de leur âge, de leur condition physique et d’autres facteurs vivaient déjà une fragilité. Un beau débat se présente à savoir qui était le plus vulnérable dans ce combat contre la maladie. Ces personnes aux prises avec le virus dans des conditions inimaginables ? Le personnel soignant débordé, impuissant à arrêter cette vague qu’il combattait et qui fauchait nos aînés les uns après les autres ? Les membres des familles qui ne pouvaient être auprès de leurs parents atteints ? Toutes les personnes impliquées de près ou de loin ont vécu une profonde vulnérabilité, chacune différemment. Même les militaires, loin de représenter la vulnérabilité, qui sont intervenus auprès des personnes âgées dans les CHSLD ont profondément ressenti cet état d’être. Toutes les personnes qui ont survécu à ce drame indescriptible, porteront en eux une vulnérabilité liée à ce vécu profondément humain. Une blessure se réveillera par moment, en surprise, les rendant momentanément vulnérables mais en les reconnectant à leur humanité.
Bébé, enfants, parents… qui est le plus vulnérable ?
Lorsqu’un enfant vient au monde, les parents accueillent dans leurs bras un être vulnérable à tant d’éléments. Et ces parents, ressentent en eux une vulnérabilité reliée à cette responsabilité d’avoir la vie de ce petit être, car beaucoup de défis viendront les atteindre dans leur rôle. Pourtant, ce bébé vulnérable possède en lui une force inconsciente, une puissance qui provoque non seulement un élan de tendresse d’une ampleur phénoménale chez les êtres humains qui se noient dans son regard lumineux, pure et limpide mais qui développe chez ses parents une puissance intérieure pour le protéger, le nourrir, l’accompagner dans son développement. Ainsi, le plus petit, le plus vulnérable crée une force qui réside non seulement dans l’amour inconditionnel de ses parents, mais par le rappel qu’il fait aux membres de sa famille qu’ils ont été, eux aussi, à cette place si fragile et si puissante de vie.
La vulnérabilité fait maintenant ouvertement partie de la vie de millions de personnes en raison des impacts et du stress de la pandémie. Dans cette société perturbée, les individus la découvrent et la ressentent avec trouble. Avec le temps, ils réaliseront, avec tendresse souhaitons-le, que vulnérabilité et force cohabitent facilement en leur for intérieur faisant d’eux de meilleurs humains.
La vulnérabilité, force et tendresse
12 décembre 2025